Summary
Highlights
En 2017, l'inauguration à Moscou d'une allée des dirigeants avec un buste de J. Staline a été perçue comme une réhabilitation du passé soviétique par Poutine. Sa nostalgie de l'Empire soviétique, qu'il estime avoir été détruit par Gorbatchev, expliquerait sa politique vis-à-vis de l'Ukraine et des autres anciennes républiques de l'URSS. La Russie, avec ses 17 millions de km² et 145 millions d'habitants, domine cet espace post-soviétique, mais sa population est vieillissante et peu dense. Ce territoire est composé de 15 pays indépendants, dont les États baltes, les nations slaves (Ukraine, Biélorussie, Moldavie), les pays du Caucase (Géorgie, Arménie, Azerbaïdjan) et d'Asie centrale (Kazakhstan, Ouzbékistan, Turkménistan, Kirghizistan, Tadjikistan).
Pour le Kremlin, cette mosaïque de nations forme son « étranger proche », une zone stratégique pour sa sécurité et une sphère d'influence essentielle à son statut de grande puissance, sous la direction de l'ancien officier du KGB, Poutine. L'effondrement de l'URSS en 1991, après la chute du mur de Berlin en 1989, a eu un impact brutal, mais a aussi ouvert la voie à l'indépendance de 15 nouveaux États.
La langue russe reste un instrument clé du soft power russe, soutenue par la fondation « Russkiy Mir » et des universités russophones. Les médias russes, comme Russia Today, diffusent également cette influence, mais ont été suspendus dans certains pays après l'invasion de l'Ukraine. Économiquement, la Russie exerce une domination significative via ses vastes réserves de pétrole et de gaz, dont dépendent la plupart de ses voisins. Le réseau d'oléoducs et de gazoducs, hérité de l'ère soviétique, renforce cette dépendance, malgré la construction de nouvelles routes énergétiques pour contourner l'Ukraine.
Militairement, la Russie maintient une relation asymétrique avec son étranger proche, déployant des troupes, formant des officiers et vendant des armes. Moscou est intervenu militairement dans des conflits locaux, notamment en Arménie, Azerbaïdjan, Moldavie et Géorgie, et a fondé l'Organisation du traité de sécurité collective pour contrer l'OTAN. La Russie se positionne comme un acteur international majeur, en concurrence avec l'Occident et son modèle démocratique, mais aussi en rapprochement avec la Chine autoritaire.
Les Pays baltes, devenus des démocraties parlementaires et membres de l'UE et de l'OTAN depuis 2004, sont en première ligne face à une Russie hostile, comme en témoignent les tensions avec la Lituanie en 2022. La Géorgie, malgré sa volonté de rapprochement avec l'Occident, a subi l'intervention russe, qui a soutenu les régions séparatistes d'Abkhazie et d'Ossétie du Sud. En Asie centrale, la Russie partage désormais son influence avec la Chine, deuxième puissance économique mondiale, qui y investit massivement. Le Kazakhstan, en particulier, joue un rôle d'équilibre entre les influences russes, chinoises et occidentales.
La guerre en Ukraine, loin de faire reculer l'Occident, a renforcé le désir d'intégration européenne des Ukrainiens, poussé la Finlande à vouloir rejoindre l'OTAN et l'Allemagne à se réarmer. L'ancien espace soviétique s'ouvre désormais à des influences multiples, celle du modèle européen et celle de la puissance économique chinoise, au-delà de celle de Moscou. Cette analyse a été préparée en collaboration avec Tatiana Kastouéva-Jean, auteure de « La Russie de Poutine en 100 questions ».