Comment est structurée la société française (structure sociale - SES) ? [Partie 2/4 - Evolutions]
Summary
Highlights
La première partie de cette série abordait la structure socioprofessionnelle française. Cette seconde partie traite des évolutions majeures de celle-ci depuis la seconde moitié du 20e siècle. Certaines CSP, comme les agriculteurs, artisans et ouvriers, ont vu leur part diminuer, tandis que d'autres, comme les cadres, professions intermédiaires et employés, ont augmenté. Ces changements sont liés à quatre phénomènes principaux : la salarisation, la tertiarisation, la hausse du niveau de qualification et la féminisation des emplois.
La salarisation désigne l'augmentation de la proportion des salariés dans la population active. Un salarié travaille sous l'autorité d'un employeur en échange d'un salaire, formalisé par un contrat de travail. Parallèlement, la part des travailleurs indépendants a diminué. Historiquement, les villes qui regorgeaient de petits commerçants et artisans ont vu ces activités se réduire au profit de grandes enseignes employant des salariés. De même, la désertification des campagnes dans les années 60-70 a conduit nombre d'agriculteurs indépendants à devenir ouvriers salariés dans les usines, illustrant la salarisation et l'industrialisation.
La tertiarisation est un autre processus clé, caractérisé par une augmentation significative de la production de services (produits immatériels) depuis le milieu du 20e siècle. L'économie est traditionnellement divisée en trois secteurs : primaire (agriculture, extraction), secondaire (industrie) et tertiaire (services). La part des emplois dans les secteurs primaire et secondaire a fortement diminué au profit du secteur tertiaire. Par exemple, la désindustrialisation, comme celle de l'industrie textile dans le Nord de la France, a déplacé les emplois vers les services (transports, finance, immobilier, santé, éducation).
La hausse du niveau de qualification fait référence à l'élévation générale du niveau de diplôme de la population. Ce phénomène est lié à la massification scolaire, c'est-à-dire l'augmentation massive du nombre d'élèves à tous les niveaux d'enseignement (primaire, secondaire, supérieur). Cette massification a permis aux individus d'accéder à des postes plus qualifiés, contribuant au développement des CSP comme les cadres et professions intellectuelles supérieures, ainsi que les professions intermédiaires. Dans les années 60, seulement 10% d'une génération obtenait le baccalauréat, contre 80% en 2023, en partie grâce à la création de nouveaux types de baccalauréats.
La féminisation de la population active décrit l'augmentation du taux d'activité des femmes. Durant la seconde moitié du 20e siècle, les femmes ont massivement intégré le marché du travail. Ce mouvement est lié à la massification scolaire, qui a permis aux femmes d'acquérir des qualifications valorisées, mais aussi à l'évolution du droit des femmes (par exemple, le droit de travailler sans l'autorisation du mari à partir de 1965). Bien que les femmes aient toujours travaillé, notamment dans le cadre domestique, leur travail n'était ni rémunéré ni déclaré. On observe cependant une concentration des femmes dans certaines CSP, comme les employés, très féminisée, ce qui témoigne d'une division sexuée des emplois, la CSP des ouvriers restant majoritairement masculine.
En résumé, la structure socioprofessionnelle française a connu de profondes transformations. Certaines CSP, comme les cadres, professions intermédiaires et employés, ont vu leur proportion augmenter, tandis que d'autres, comme les agriculteurs, artisans et ouvriers, ont diminué. Ces évolutions sont principalement dues à quatre processus interdépendants : la salarisation, la tertiarisation, la hausse du niveau de qualification et la féminisation.