Summary
Highlights
Le lac Sayram, un lac d'altitude à l'extrême ouest de la Chine, était un point de passage stratégique des routes de la soie. Avec la nouvelle route de la soie, les nomades qui y vivent voient l'histoire se répéter. Lancé en 2013 par le président Xi Jinping, ce projet ambitieux est un axe routier et ferroviaire de 10 000 kilomètres traversant la Chine, le Kazakhstan, la Russie, et visant l'Europe. Au-delà du développement économique et social, la Chine poursuit des ambitions géopolitiques.
Chongqing, la plus grande agglomération de Chine, a été choisie comme point de départ. Cette ville de l'intérieur symbolise le boom économique du pays, avec une croissance météoritique. Après s'être appuyée sur les industries lourdes, la ville mise désormais sur l'électronique, devenant la plus grande zone de production d'ordinateurs en Chine.
L'expédition d'ordinateurs de Chongqing vers l'Europe prenait traditionnellement deux mois par voie maritime. La Nouvelle Route de la Soie, via les voies terrestres, réduit ce délai à 12 jours. Au-delà de la réduction du temps de transport, la Chine cherche une route alternative pour contourner les tensions en mer de Chine. Chongqing est appelée à devenir un pôle logistique intérieur ouvert sur l'extérieur, symbolisant le tournant de la Chine vers l'ouest.
La Nouvelle Route de la Soie est un outil de développement interne pour la Chine, désenclavant les régions de l'ouest chinois, un territoire longtemps oublié. Toutes les régions chinoises cherchent à intégrer ce programme pour bénéficier de financements. Cela sert également de moteur politique pour fédérer la population et les acteurs économiques autour du projet de Xi Jinping, affirmant la réussite économique sur tout le territoire et transformant son modèle économique par le développement du marché intérieur.
La seule route possible entre le Tibet et le désert de Gobi passe par la province du Xinjiang. Cette route est cruciale pour atteindre cette « nouvelle frontière ». Les infrastructures routières et ferroviaires, dont le TGV, ont transformé le paysage, réduisant considérablement les temps de trajet et stimulant le commerce, dans une région où Pékin a longtemps paru lointaine.
Le TGV du Xinjiang, bien que non rentable économiquement, a des bénéfices politiques en ancrant la province au reste du pays. Le Xinjiang est une région sous haute surveillance en raison des tensions entre les Ouïghours et les populations Han. Pékin mise sur le développement massif et la sécurité pour pacifier le Xinjiang et en faire un tremplin pour ses ambitions en Asie centrale. Urumqi devient un centre de gravité régional, organisant des foires pour promouvoir la Nouvelle Route de la Soie et le modèle de développement chinois.
Pékin promeut son modèle de développement le long de la Nouvelle Route de la Soie, incluant l'expertise en infrastructures et énergie. Goldwind, numéro un mondial de l'énergie éolienne, illustre ce succès chinois. Le long de la route, d'importantes réserves d'énergies renouvelables existent, offrant des opportunités. La Chine a une vision stratégique à long terme pour développer ces ressources.
La frontière de Korgos, entre la Chine et le Kazakhstan, marque le début de la dimension internationale du projet. Les conteneurs chinois sont transbordés sur des trains kazakhs à la norme soviétique, ouvrant l'accès à toute l'Asie centrale et à l'Europe. Le Kazakhstan espère beaucoup de cette route, voyant Korgos comme le point de départ de la renaissance de la Route de la Soie. Les chantiers sont financés par la Banque Mondiale et le fonds chinois de la Nouvelle Route de la Soie, marquant l'entrée de la Chine parmi les grands bailleurs de fonds.
La Chine propose des modes de développement « gagnant-gagnant » sans conditionnalité politique. Cependant, la conquête implicite de la Chine inquiète certains, d'autant que le Kazakhstan de l'ère post-soviétique est confronté à des infrastructures vieillissantes. L'ouverture de la nouvelle autoroute est attendue, mais des craintes subsistent pour les petites localités qui risquent d'être délaissées.
La Chine, par ce projet, cherche à absorber ses surcapacités industrielles mais surtout à renforcer son influence économique et politique en Asie centrale, historiquement sous influence russe. La Route de la Soie est aussi une route du pétrole, traversant les grands champs pétrolifères du Kazakhstan. La Chine, via la CNPC, importe des millions de tonnes de pétrole kazakh par an. Malgré un discours de partenariat, la population locale exprime son mécontentement face au manque d'emplois et à la corruption.
La Russie est historiquement jalouse de son influence dans les anciennes républiques soviétiques, mais la Chine a proposé son projet à la Russie. Moscou s'est montré intéressé, mais la réalité montre que la Russie ne peut suivre le rythme de développement chinois. La Nouvelle Route de la Soie continue vers l'Europe, traversant la rivière Oural, frontière symbolique entre l'Asie et l'Europe. Non sans pessimisme, le documentaire souligne que la Russie n'est pas prompte à changer de mentalité, peinant à accepter la supériorité chinoise. La Chine offre l'argent, tandis que la Russie n'offre que le souvenir d'un passé glorieux.